Port-au-Prince, le 13 mars 2025

La dégradation accélérée de l’environnement sécuritaire constitue le sujet de préoccupation principal pour toutes haïtiennes et tous haïtiens. Nous désirons la fin de l’insécurité, nous voulons retrouver un minimum de stabilité en vue de remettre en place les institutions démocratiques et de redonner espoir à nos compatriotes surtout à nos jeunes. Ce désir de paix et de restauration de l’autorité de l’État est indispensable. Ainsi, les autorités doivent assumer leur responsabilité avec le sens du sérieux.

A ce sujet, le Parti Fusion des sociaux-démocrates haïtiens (PFSDH) exprime ses plus vives préoccupations face à l’annonce faite par le Coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), monsieur Fritz Alphonse Jean, concernant l’implication de la Brigade de Surveillance des Aires Protégées (BSAP) dans le combat contre l’insécurité galopante en Haïti. En tenant compte de la réputation douteuse de la plupart des agents de ce corps armé, un tel projet comporte des risques majeurs.

Monsieur le Coordonnateur du CPT,

La résolution de la crise sécuritaire qui ravage le pays depuis plus de cinq années est beaucoup plus complexe que l’on se l’imagine. Il faut faire appel à des spécialistes chevronnés, sérieux, courageux et déterminés à mettre en œuvre un plan stratégique adapté à la guérilla urbaine qui a déjà fait beaucoup trop de victimes en pertes de vies humaines, en dégâts matériels incommensurables et en traumatismes mentaux jamais évalués.

Onze mois après l’installation d’une formule de gouvernance inédite et inadaptée à la réalité politique d’aujourd’hui, aucun progrès n’est constaté dans la recherche d’une solution. La population, rongée par la peur, la faim et le désespoir, devient nomade. Depuis l’installation du CPT, les territoires perdus augmentent à un rythme accéléré. Les gangs armés ont conquis Cabaret, Arcahaie, Solino, Delmas 30, Pont sonde, Gressier pour ne citer que six. Des dizaines d’écoles et d’églises sont incendiées, des centaines de milliers de personnes sont dans les rues à la recherche d’un refuge, des médias sont vandalisées et incendiées tandis que depuis l’arrivée de ces nouveaux messies les forces de sécurité ont reçu le support physique de plus de mille agents aguerris, dit-on, en provenance de l’étranger, une quarantaine de véhicules blindés, 600 fusils d’assauts et autres matériels sophistiqués, trois hélicoptères. Le résultat !

Il serait puéril de croire que le problème se localise au niveau de l’effectif. L’équipe au pouvoir s’enorgueillissait d’avoir les ressources suffisantes pour venir à bout de l’insécurité qui n’était autre que politique, mais son incapacité à élaborer un plan de combat se révèle flagrante. Il serait préférable, Monsieur le coordonnateur, de travailler pour faire cesser cette guerre de tranchée entre le CPT, le Gouvernement et la Direction générale de la police nationale d’Haïti pour se pencher sur la douleur de la population en première place. Il faut aussi arrêter cette séparation de gâteau qui consiste à placer des hommes serviles à des postes clés pour défendre des intérêts personnels au détriment de l’intérêt collectif. C’est le seul sacrifice qui permettra de déboucher sur une solution définitive à la crise qui ravage le pays depuis trop longtemps. Ce n’est pas l’implication des agents de la BSAP qui va aider à trouver la sortie.

Nous mettons en garde contre toute tentative de normalisation d’une structure parallèle qui, dans les faits, a fonctionné en dehors du contrôle de l’État et dont les anciens responsables ont publiquement affiché des ambitions politiques et une posture d’insubordination. Une telle démarche ne ferait qu’ajouter à la confusion institutionnelle et ouvrirait la voie à une insécurité encore plus incontrôlable à celle déjà entretenue par les gangs armés.

Le PFSDH appelle à une gestion responsable et concertée de la crise sécuritaire en Haïti, fondée sur le respect des principes républicains et l’État de droit. Nous demandons au CPT de reconsidérer son projet et d’opter pour une réforme sécuritaire basée sur la professionnalisation des forces existantes et le respect des institutions démocratiques. Nous refusons toute solution improvisée qui continuerait de mettre en péril la stabilité nationale. Nous restons engagés à soutenir toute démarche sérieuse visant à restaurer la sécurité du pays.

Ayiti pa dwe peri, An nou chanje sa !!!
Le Directoire

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