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L’ÉCLATEMENT DE LA COLÈRE DES LYCÉENS UNE CONSÉQUENCE DIRECTE DE LA MAUVAISE GOUVERNANCE DU SECTEUR DE L’ÉDUCATION

Par Edmonde SUPPLICE BEAUZILE Présidente du Parti Fusion des Sociaux-d-Démocrates Haïtiens

Depuis la reprise théorique des cours le mois dernier, les lycéens ont dû descendre dans les rues partout à travers le pays pour faire entendre leur voix et réclamer le pain de l’instruction. Leurs revendications sont légitimes, élémentaires. Ils veulent des professeurs pour leur dispenser des cours. Ils demandent à être accueillis dans un environnement physique salubre et approprié. De l’eau potable, des toilettes propres et décentes, est-ce trop demander à une administration qui protège ceux qui ont allégrement dilapidé les fonds du programme Petro caribe. Il est de bon ton aujourd’hui de stigmatiser ces lycéens qui ont exprimé de manière bruyante leur exaspération en perturbant le fonctionnement de certaines écoles privées et en cassant du mobilier au Collège Canado-Haïtien. Bien entendu personne ne peut approuver de tels agissements, mais cela ne saurait nous dispenser de nous poser les bonnes questions sur les causes profondes de ces débordements. Dans notre pays hélas, il est devenu impossible de se faire entendre par les pouvoirs publics autrement qu’en utilisant ce mode d’expression. Quand le gouvernement empêche même un sit-in pacifique de quelques dizaines de personnes, quand les enseignants manifestent sans succès depuis des années pour la revalorisation de leur fonction, quand le gouvernement fait la sourde oreille et leur répond en limogeant ou en transférant loin de la capitale les dirigeants des syndicats, il est tout à fait compréhensible que les lycéens choisissent de s’adresser au pouvoir mais aussi à toute la société par les seuls moyens qui leur paraissent audibles par le plus grand nombre. Les incidents regrettables survenus au collège Canado-Haïtien constituent le symptôme d’un mal plus profond. On en a constatés de semblables dans le passé et si rien n’est fait on aura encore à en déplorer dans l’avenir. Les cris de ces lycéens doivent nous interpeller tous et nous inciter à un minimum d’empathie. Si nous prenions un petit instant pour nous mettre à leur place, nous cesserions de critiquer le thermomètre pour prêter plus d’attention aux causes de la poussée de température qu’il indique. Après plusieurs mois de troubles politiques et sociaux, après plusieurs mois de fermeture des écoles du fait du Covid-19, cette administration n’a rien trouvé de mieux à faire que d’institutionnaliser une école à plusieurs vitesses. Les élèves des écoles publiques sont officiellement considérés comme des laissez pour compte. Pendant la pandémie ils n’ont pas pu avoir de cours en ligne comme ceux des écoles privées. Sans professeurs dans les salles de classe, ils n’ont quasiment aucune chance de boucler le programme de l’année 2019/2020, tandis que ceux des écoles privées ont déjà démarré l’année scolaire 2020/2021. Et bien entendu tous seront logés à la même enseigne quand il s’agira de subir les examens officiels. Il est urgent qu’une négociation soit engagée en toute bonne foi avec les syndicats des enseignants en vue de trouver un compromis acceptable pour permettre la reprise immédiate des cours. Ceux qui se sont révélés incapables de mener à bien ce dialogue social doivent être remplacés. Par ailleurs un programme d’urgence d’amélioration du cadre physique et sanitaire des écoles publiques doit être lancé. Les lycéens ont droit à l’éducation et même à une éducation de qualité. Ce n’est pas un privilège. C’est un droit humain fondamental.

Port-au-Prince, le 10 septembre 2020

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